Éditorial

L’Obésité au Maroc, fléau médico-social très mal connu

L’Obésité au Maroc, fléau médico-social très mal connu

Par Pr Abdellatif BOUR
Président de la Société Marocaine de Nutrition (SMN)
Responsable de l’équipe de transition alimentaire et nutritionnelle (ETAN) au laboratoire des essais biologiques de l’Université Ibn Tofaïl (Kenitra)
 
Un tour de taille supérieur à 88 cm chez la femme ou à 102 cm chez l’homme marque une obésité abdominale et expose au diabète et aux maladies cardio-vasculaires. L’obèse n’est pas le seul responsable de sa maladie. il faut l’aider par le changement de notre environnement « obésogène » par une intervention multisectorielle des acteurs clés, médecins, scientifiques, société civile et autorités sanitaires.

Les estimations récentes de l’Organisation mondiale de la santé sont inquiétantes. Ainsi, en 2016, plus de 2 milliards d’adultes étaient en surpoids, dont plus de 600 millions d’obèses, soit environ 15 % de la population mondiale. De plus, la prévalence de l’obésité a plus que doublé au niveau mondial en un quart de siècle. Le Maroc n’est pas épargné avec, en ligne de mire, la sédentarité et les nouvelles habitudes alimentaires.
 
Au Maroc, les chiffres du Haut commissariat au plan (HCP), en révélé une augmentation de l’obésité grave et morbide qui avoisine les 10% ces 20 dernières années. Ainsi, plus de 10 millions de marocains adultes sont en situation d’obésité ou de pré-obésité.
 
Selon l’OMS, le surpoids et l’obésité sont définis comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé. Pour estimer le surpoids et l’obésité, l’indicateur le plus couramment utilisé est l’indice de masse corporelle obtenu en divisant le poids (kg) par le carré de la taille (m2). Ainsi, lorsque le résultat est égal ou supérieur à 25 kg/m2, le patient est considéré en surpoids. Lorsqu’il est égal ou supérieur à 30, le patient est atteint d’obésité (obésité dite massive au-delà de 40). Toutefois, une autre mesure est aujourd’hui recommandée pour estimer les risques pour la santé associés à l’obésité. Il s’agit de la mesure de l’obésité centrale (taille) car l’accumulation de graisse au niveau de l’abdomen est associée à un risque accru de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. Un tour de taille supérieur à 88 cm chez la femme ou à 102 cm chez l’homme marque une obésité abdominale (voir encadré).
 
Pour le groupe de travail en charge de l’obésité au sein de la Smedian (Société marocaine d’endocrinologie, diabétologie et nutrition), « le surpoids et l’obésité constituent un problème majeur de santé publique en raison de leur retentissement potentiel sur la santé et de leur fréquence croissante. Le surpoids est un déterminant important de la santé qui expose les personnes concernées à de nombreuses maladies cardiovasculaires, métaboliques, articulaires, vésiculaires et cancéreuses, ainsi qu’à une augmentation de la mortalité. Des conséquences sociales ont également été mises en évidence avec l’observation des attitudes négatives et de la stigmatisation, voire de la discrimination dont sont victimes de nombreuses personnes obèses ».
 
La prise en charge de l’obésité, malheureusement sous médicalisée, revêt donc un intérêt majeur bien qu’elle ne soit pas toujours aisée pour le praticien, particulièrement si le patient ne formule pas lui-même le souhait de perdre du poids. La prise en charge est, en effet, essentiellement fondée sur les principes de l’éducation thérapeutique (en l’absence de complications liées à l’obésité.
 
Elle vise à établir, pour les atteindre, des objectifs de perte de poids. Ces objectifs doivent avant tout être réalistes, de l’ordre de 5 à 15 % par rapport au poids initial, sachant qu’il est déjà positif d’interrompre la prise de poids.
 
La première consultation, à l’aide de l’interrogatoire notamment, doit donc permettre de recueillir tous les éléments permettant de déterminer les objectifs thérapeutiques. Il s’agit de retracer l’histoire pondérale du patient en tenant compte des antécédents familiaux, de rechercher les facteurs favorisants la prise de poids, d’étudier les habitudes et les apports alimentaires, d’évaluer le degré d’activité physique ainsi que la motivation du patient au changement.
 
Enfin, il faut rechercher les conséquences de l’excès de poids par l’interrogatoire, l’examen clinique et les examens complémentaires systématiques comme la glycémie à jeun et le bilan lipidique et les autres examens orientés par le contexte clinique.
 
Le médecin peut également demander au patient de noter pendant une semaine tout ce qu’il mange (ensemble des repas, horaires, grignotages, boissons) pour adapter les conseils alimentaires.
 
Il n’existe pas, en effet, de régime type. L’intervention du praticien consiste à aider le patient à rétablir un rythme alimentaire et à répartir les apports dans la journée tout en réduisant les apports énergétiques totaux lorsqu’un amaigrissement est envisagé.
 
Il est important également de le conseiller dans la pratique d’une activité physique tout en tenant compte de ses capacités physiques, sachant que l’activité physique englobe la marche, les tâches ménagères… tout ce qui peut permettre de réduire l’activité sédentaire.
 
Idéalement, il est recommandé d’atteindre un niveau d’activité physique correspondant à 30 minutes d’activité d’intensité modérée chaque jour (marche à un bon pas). Mais, là encore, il convient d’adapter le conseil en fonction du patient.
 
Enfin, le soutien psychologique est un aspect essentiel du traitement qui peut être assuré par le généraliste ou par un médecin spécialiste si besoin. Si, au terme de six mois à un an, le patient est en échec thérapeutique, le médecin généraliste peut référer à un autre professionnel. La chirurgie bariatrique, si elle est évoquée, ne peut être envisagée qu’après cette première phase et dans le cadre d’une consultation multidisciplinaire.
 
Si la prise en charge médicale et individuelle est nécessaire lorsque l’obésité est installée, la prévention de cette maladie chronique évitable implique, quant à elle, de nombreux acteurs de la société. Un projet international baptisé « Obe-Maghreb » a été mené entre 2007 et 2011 avec le financement du programme CORUS2 dont l’objectif visait à « comprendre la transition nutritionnelle au Maghreb pour contribuer à la prévention de l’obésité et des maladies non transmissibles ». Quatre pays ont participé dont la France et l’Angleterre pour les pays du Nord, et le Maroc et la Tunisie pour les pays du Sud. « En plus des axes du projet dédiés aux aspects biologique, clinique, psychosociologique, consommation alimentaire et activité physique, un travail a été mené dans le but de contribuer au développement de stratégies de lutte contre la montée de l’obésité.
 
Les chercheurs ont travaillé sur des évidences scientifiques dans les 2 pays à l’étude, en s’inspirant des études réalisées auparavant dans les pays européens. Ainsi, un certain nombre de déterminants sociaux sont impliqués dans le déséquilibre de la balance énergétique. Ces derniers sont des composantes multifacettes allant des facteurs qui touchent la population, surpoids/obésité et l’individu, ingestion alimentaire et densité nutritionnelle et dépenses énergétiques). La mondialisation est également un facteur qui concoure à l’expansion de l’obésité, globalisation des marchés, développement, médias/publicité, en passant par d’autres strates (nationale et régionale, communauté et localité, travail, école et domicile).
 
Ainsi, la multifactorialité se manifeste à ces strates au niveau de l’éducation, des loisirs, du transport, de la santé, de la sécurité sociale, de la sécurité publique, des soins de santé, de la nutrition, des aliments manufacturés, de l’assainissement, des jardins et des espaces et marchés, de l’urbanisation, des médias et de la publicité, etc…

En conséquence, et puisque l’obèse n’est pas le seul responsable de sa maladie, il faut changer cet environnement « obésogène » par une intervention multisectorielle des acteurs clés, médecins, chercheurs dans les sciences fondamentales, société civile et autorités sanitaires.

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