Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et de santé
Le Conseil régional de l'Ordre national des médecins de Rabat-Salé-Kénitra a diffusé, le 3 août 2026, un avis destiné à l'ensemble des médecins de la région annonçant le lancement d'une plateforme numérique consacrée à la digitalisation des procédures ordinales.
Cette plateforme introduit notamment une nouvelle modalité de règlement des cotisations, désormais limitée au virement bancaire, les paiements par chèque n'étant plus acceptés.
Une modernisation attendue des procédures ordinales
La digitalisation des services de l'Ordre national des médecins s'inscrit dans une évolution naturelle des institutions professionnelles.
Elle répond aux exigences de simplification administrative, de traçabilité des opérations et de modernisation des services rendus aux médecins.
Le choix du numérique apparaît ainsi cohérent avec les transformations engagées dans de nombreuses administrations et organisations professionnelles.
Une communication davantage informative qu'explicative
Si l'objectif de modernisation paraît pertinent, la manière dont il est présenté soulève quelques interrogations sur le plan de la communication institutionnelle.
Le document se limite essentiellement à annoncer les nouvelles dispositions et leurs modalités d'application.
Il expose les décisions prises sans développer les raisons qui les motivent ni les bénéfices attendus pour les médecins.
Cette approche privilégie l'information réglementaire davantage qu'une véritable communication d'accompagnement.
Des contraintes clairement énoncées
L'avis insiste principalement sur les nouvelles obligations : recours exclusif au virement bancaire, abandon du paiement par chèque et application immédiate des nouvelles dispositions.
Ces éléments occupent une place centrale dans le message et peuvent laisser penser que l'accent est mis avant tout sur le respect de la nouvelle procédure.
Une présentation davantage orientée vers les services apportés aux praticiens aurait probablement facilité l'appropriation de cette évolution.
Des bénéfices qui méritaient d'être valorisés
Le document évoque peu les avantages concrets de la plateforme.
Pourtant, cette réforme offre vraisemblablement plusieurs bénéfices : réduction des délais de traitement, simplification des formalités administratives, amélioration du suivi des dossiers, sécurisation des transactions financières et renforcement de la protection des données personnelles et professionnelles.
Mettre ces avantages en avant constitue souvent un facteur déterminant dans l'acceptation du changement.
Une pédagogie encore perfectible
L'avis mentionne l'existence de tutoriels destinés à accompagner les utilisateurs.
En revanche, il ne précise ni leur contenu ni les modalités de l'assistance qui sera proposée aux médecins susceptibles de rencontrer des difficultés techniques.
Une assistance téléphonique, des séances de démonstration ou une cellule d'accompagnement auraient constitué des compléments utiles, compte tenu des niveaux très variables de maîtrise des outils numériques.
L'explication avant l'obligation
L'une des formulations les plus significatives du document demeure l'annonce selon laquelle les paiements par chèque ne seront désormais plus acceptés.
Si cette décision répond probablement à des impératifs organisationnels, elle est exprimée sous un angle essentiellement réglementaire.
Dans toute conduite du changement, expliquer les raisons d'une décision favorise généralement une meilleure adhésion que la seule annonce de son caractère obligatoire.
Donner davantage de sens à la réforme
Toute réforme est plus facilement comprise lorsqu'elle expose clairement ses finalités.
Le document aurait pu rappeler les objectifs poursuivis : améliorer la qualité des services, renforcer la transparence, accélérer le traitement des dossiers, sécuriser les opérations financières et moderniser les relations entre l'Ordre et ses membres.
Ces éléments permettent de donner du sens à la transformation engagée.
La dimension humaine, un levier essentiel
Toute évolution institutionnelle entraîne naturellement des interrogations chez les professionnels concernés.
Une communication efficace consiste également à reconnaître ces attentes, à répondre aux questions et à accompagner les utilisateurs tout au long de la transition.
Dans cet avis, cette dimension apparaît relativement discrète au profit d'un registre essentiellement administratif.
Réussir la digitalisation, au-delà de la technologie
La réussite d'une transformation numérique ne dépend pas uniquement de la performance de la plateforme mise en place.
Elle repose également sur la capacité de l'institution à expliquer, rassurer, dialoguer et accompagner les professionnels concernés.
Informer demeure indispensable.
Mais convaincre, écouter, expliquer et construire l'adhésion constituent tout autant des conditions de succès.
Une réforme numérique est d'abord un changement humain avant d'être un changement technologique .
C'est souvent la qualité de la communication qui détermine la réussite durable de la transformation.
