Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Du 13 au 15 mai 2026, la ville spirituelle et savante de Fès deviendra le théâtre d’un dialogue exceptionnel entre deux univers que tout semble opposer, mais que l’essentiel rapproche profondément : la médecine et la littérature.
Sous l’égide de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, un colloque international inédit réunira médecins, enseignants-chercheurs, écrivains, psychiatres, linguistes et spécialistes des humanités médicales autour d’une question fondamentale : comment les mots peuvent-ils aider à comprendre, à soigner et à humaniser la souffrance humaine ?
À première vue, la médecine relève de la science, de l’observation rigoureuse, du diagnostic et du traitement.
La littérature, quant à elle, semble appartenir au monde de l’imaginaire, de la sensibilité et de la création.
Pourtant, ces deux disciplines partagent une même vocation : explorer les profondeurs de l’âme humaine, donner sens à la douleur, et accompagner l’être humain dans ses moments de vulnérabilité.
Le médecin ausculte le corps, mais il écoute aussi des récits.
Derrière chaque symptôme se cache une histoire, derrière chaque maladie une trajectoire de vie, derrière chaque diagnostic une émotion.
Le patient ne présente pas seulement une lésion ou une anomalie biologique ; il raconte sa peur, son espoir, ses doutes et parfois sa solitude.
La littérature permet précisément d’entendre cette voix intérieure que les examens complémentaires ne peuvent ni mesurer ni quantifier.
La cérémonie d’ouverture, prévue à l’Amphithéâtre Abdelaziz Maouni, sera marquée par les interventions du Pr Mustapha Ijjaali, du Pr Tarik Squalli Houssaini, du Pr Mohammed Moubtassime et des responsables scientifiques du colloque.
Un hommage appuyé sera rendu au Pr Sidi Adil Ibrahimi, grande figure de l’enseignement médical marocain.
Les conférences inaugurales illustreront avec éclat la richesse de cette rencontre.
Pr Chakib Tazi évoquera Hayy ibn Yaqdhan d’Ibn Tufayl, tandis que Pr Olivier Laurini analysera la naissance de la psychiatrie à travers l’œuvre d’Honoré de Balzac.
Une table ronde prestigieuse intitulée « La médecine à l’épreuve de la création littéraire » réunira notamment Ghita El Khayat, Intissar Hadiyya, Hassan Bakhssiss, Habiba Touzani Idrissi et Mouad Moutawakil.
Pendant trois jours, les communications exploreront des thématiques d’une remarquable diversité : la représentation du médecin dans les romans, la narration de la maladie, la psychiatrie, le cancer, l’autisme, les maladies chroniques, l’éthique du soin, l’intelligence artificielle générative, ainsi que les liens entre médecine, cinéma, peinture et arts visuels.
Les œuvres d’Albert Camus, Martin Winckler, Hervé Guibert, Léon Tolstoï, Gustave Flaubert, Molière, Frida Kahlo et Maylis de Kerangal serviront de points d’appui à une réflexion sur la douleur, la résilience et la dignité humaine.
Ce colloque rappelle avec force que la médecine est bien davantage qu’une somme de connaissances scientifiques.
Elle est aussi une aventure humaine, une rencontre entre deux consciences, un pacte de confiance entre celui qui souffre et celui qui tente de soulager.
La littérature, en donnant voix à l’indicible, enrichit le regard du soignant et lui apprend à voir non seulement la maladie, mais surtout la personne qui la porte.
La clôture de cette rencontre sera marquée par un spectacle intitulé « فاس دار العلم والحكمة », hommage poétique à Fès, ville de savoir, de spiritualité et de médecine.
À l’heure où la médecine moderne s’appuie sur l’intelligence artificielle, la robotique et la génomique, ce colloque nous rappelle une vérité essentielle : pour soigner pleinement, il faut conjuguer la rigueur de la science à la sensibilité de la culture, et associer la précision du scalpel à la profondeur de la plume.
