Anwar CHERKAOUI
De nature, le cerveau est d’une grande agilité.
Au fil du temps et des vicissitudes de la vie, de minces couches s’accumulent et il perd de sa souplesse.
Circoncision. Chute de la première dent de lait.
Premier contact avec l’école. Décès du copain d’enfance. Changement d’adresse et éloignement du premier flirt de l’adolescence.
Défaite sportive. Apparition de boutons au visage. Cheveux raides. Casse du jouet préféré. Exclusion de la bande des copains.
Engueulade du père. Colère et larmes de la mère.
Premières sédimentations.
Le temps semble s’écouler paisiblement.
Subrepticement, un nouveau feuillet de sédiments.
Refus d’un baiser par la petite copine,
Première masturbation. Plaisir caché. Sentiment de péché.
Médaille de bronze au lieu d’une médaille d’or lors d’une compétition sportive scolaire
Admonestation par le maître d’école.
Sensation d'une gueule et d'une silhouette non attractifs pour les filles.
Dispute des parents et conflits familiaux.
Pas ou peu de complicité entre les frères.
Trop de courses à l’épicier.
La corvée quotidienne de la planche de pain au four traditionnel
Insidieusement, une nouvelle couche s’insinue.
Expériences sexuelles ratées.
Peur de l’échec scolaire
Découverte de pensées perverses.
Initiation à des lectures ouvrant les portes au doute.
Influence des fréquentations.
Une taffe de cigarette. Gorgée d’alcool. Joint d’herbe,
Sebsi ( calumet marocain). Le kif se vend au coin de la rue.
Prendre le bus sans achat de ticket. Le Cœur battant d’être appréhendé par le contrôleur.
Avec toutes ces sédimentations, le cerveau dresse un fin écran invisible et impalpable avec le monde extérieur.
La nature, quant à elle, poursuit son chemin, minutieusement, sans de grandes éclaboussures et sans trop de remous, pendant une longue période.
Mais, la loi de la physique est toujours de rigueur.
Les couches se suivent et ne se ressemblent pas.
Pensées incestueuses, Foi ébranlée. Spiritualité hasardeuse. Conflits de générations avec les parents.
Découvertes des revues pornographiques.
Maladie de la mère. Retraite du père.
Non qualification de l’équipe nationale de Football à la coupe du monde.
Le combat des titans est enclenché. Débandade de la sérotonine ( hormone du bonheur) et affaissement de la dopamine ( hormone du plaisir).
Le biologie vacille et commence à s’écarter des normes.
Tous les ingrédients sont réunis pour mijoter un plat dépressif.
Ce sont ces petites strates. Apparemment insignifiantes.
Décuplées par la succession d’événements anodins. Prenant parfois des proportions indécentes.
Notre cerveau les grossit tellement, qu’elles finissent par l’engloutir.
