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Chirurgie robotique au Maroc: pourquoi l’AMO doit évoluer

Chirurgie robotique au Maroc: pourquoi l’AMO doit évoluer

Dr Anwar CHERKAOUI 
Expert en communication médicale et de santé

Dix arguments scientifiques, économiques et sociaux pour intégrer les actes de chirurgie robotique dans la nomenclature marocaine

 Et si la question n’était plus de savoir combien coûte une chirurgie robotique, mais combien coûte son absence de la nomenclature ? 

La question mérite aujourd’hui d’être posée aux organismes gestionnaires de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) au Maroc. 

Alors que la chirurgie robotique progresse dans les établissements marocains et que les équipes développent leur expertise, un paradoxe apparaît : la médecine avance plus vite que la nomenclature.

Le programme du prochain congrès conjoint de la Société Marocaine de Chirurgie Robotique et de la Société Africaine de Chirurgie Laparoscopique et Robotique, prévu les 18 et 19 septembre 2026 à Casablanca, illustre cette évolution avec des sessions consacrées à l’urologie, la gynécologie, la chirurgie générale et thoracique, ainsi qu’à l’intelligence artificielle et à la formation.

 La science : la robotique n’est plus une simple chirurgie de confort 

La chirurgie robotique ne peut plus être réduite à une technologie sophistiquée destinée au seul confort du chirurgien. 
Dans certaines indications, elle apporte une vision tridimensionnelle, une grande précision des mouvements et une meilleure ergonomie, notamment dans des interventions complexes et des territoires anatomiques difficiles.

Le programme scientifique de ce 2eme congrès illustre cette évolution avec la préservation des faisceaux neurovasculaires lors de la prostatectomie robot-assistée, la chirurgie complexe de l’endométriose, la chirurgie colorectale, thoracique et pédiatrique.

L’enjeu est donc d’évaluer la valeur clinique réelle de la robotique dans des indications précises.

 Rembourser un acte thérapeutique, pas une machine 

L’AMO n’a pas vocation à « rembourser le robot ». Elle doit reconnaître et valoriser l’acte chirurgical réalisé avec assistance robotique lorsqu’il répond à une indication médicale validée.

Cette distinction permettrait d’éviter tout remboursement automatique de la technologie et de privilégier une logique fondée sur l’indication, la complexité, la qualité et la valeur thérapeutique de l’acte.

 Évaluer le coût global, et non le seul coût du bloc opératoire 

Le débat économique ne doit pas se limiter au prix d’une intervention robotique. 
Une intervention plus coûteuse au bloc peut, dans certaines situations, réduire les complications, les réinterventions, la durée d’hospitalisation ou les soins postopératoires.

L’évaluation doit donc porter sur le coût global du parcours de soins : intervention, complications, hospitalisation, réinterventions, réadaptation et suivi.

C’est ce coût réel que les organismes payeurs devraient comparer aux autres stratégies thérapeutiques.

 La chirurgie robotique peut aussi être un investissement économique 

Une récupération plus rapide représente également une valeur économique. 
Pour un salarié, elle peut réduire l’interruption professionnelle ; pour une entreprise, la perte de productivité ; pour une famille, les dépenses et la mobilisation d’un proche aidant.

L’évaluation médico-économique doit donc intégrer les coûts indirects, et pas uniquement la facture hospitalière.

 Éviter une médecine à deux vitesses 

L’absence de remboursement risque de réserver la chirurgie robotique aux patients capables d’en supporter directement le coût.

L’intégration de certaines indications dans l’AMO pourrait au contraire contribuer à réduire les inégalités d’accès à l’innovation médicale.

La question devient alors sociale autant que médicale : une technologie thérapeutiquement pertinente doit-elle être accessible uniquement à ceux qui peuvent la payer ?

 Intégrer la robotique avec des garde-fous 

Reconnaître la chirurgie robotique ne signifie pas ouvrir un chèque en blanc. 
Son intégration devrait être accompagnée d’indications clairement définies, d’actes codifiés, de critères d’éligibilité des établissements et des équipes, ainsi que d’exigences de formation.

Un registre national, la traçabilité des interventions, le suivi des complications et l’évaluation régulière des résultats permettraient de conditionner le remboursement à la qualité et à la sécurité.

 La formation est un investissement sanitaire 

Le programme du congrès accorde une place importante aux Masterclass, à la chirurgie en direct et à la formation en chirurgie robotique en Afrique, notamment avec l’ASLRS et l’IRCAD Africa.

Un modèle de financement adapté est indispensable pour structurer une véritable filière nationale de compétences, impliquant chirurgiens, anesthésistes, infirmiers de bloc, ingénieurs biomédicaux et techniciens.

 Ne pas tomber dans le piège du « tout robotique » 

L’objectif ne doit évidemment pas être de robotiser toute la chirurgie marocaine.

La chirurgie ouverte et la laparoscopie conventionnelle conserveront leurs indications. 

La robotique doit être considérée comme une option thérapeutique supplémentaire, choisie selon le patient, l’indication, les résultats attendus et le coût.

La règle devrait être simple : la bonne technique, pour le bon patient, dans la bonne indication, au bon coût.

 L’intelligence artificielle rend le débat encore plus urgent 

Le programme scientifique consacre déjà une session au futur de la chirurgie robotique à l’ère de l’intelligence artificielle, ainsi qu’à l’intégration de l’imagerie préopératoire jusqu’à la chirurgie assistée par robot.

La convergence entre imagerie, données numériques, IA et robotique va accélérer la transformation de la chirurgie. 

Attendre que ces technologies soient totalement installées avant d’adapter la nomenclature reviendrait à prendre, une nouvelle fois, le train de l’innovation en retard.

 Vers une nomenclature fondée sur la valeur thérapeutique ajoutée 

Le véritable enjeu dépasse la seule chirurgie robotique. 
Le Maroc pourrait profiter de cette évolution pour réfléchir à une nomenclature des actes à forte valeur ajoutée thérapeutique, fondée sur plusieurs critères : innovation validée, bénéfice clinique, indication précise, sécurité, impact sur le parcours du patient et évaluation médico-économique.

La chirurgie robotique pourrait constituer un premier domaine pilote de cette nouvelle approche.

 Le véritable débat commence maintenant 

L’enjeu n’est donc pas de savoir si le Maroc doit « rembourser le robot ». 
Il est de déterminer si son système d’Assurance maladie est capable d’accompagner l’innovation médicale tout en protégeant les ressources collectives et l’équité d’accès aux soins.

La réponse ne devrait être ni un remboursement automatique, ni un refus de principe, mais une évaluation scientifique, clinique, économique et sociale rigoureuse.

Le congrès conjoint de la Société Marocaine de Chirurgie Robotique et de la Société Africaine de Chirurgie Laparoscopique et Robotique, prévu à Casablanca les 18 et 19 septembre 2026, montre que cette technologie est désormais entrée dans une phase de structuration, de formation et d’évaluation.

La médecine marocaine entre progressivement dans l’ère robotique. Il serait paradoxal que sa nomenclature reste à l’ère des anciennes catégories.

La vraie question pour les organismes de remboursement est finalement simple :
combien coûte la chirurgie robotique, certes, mais surtout quelle valeur médicale, économique et sociale le Maroc perd-il lorsqu’une innovation thérapeutiquement pertinente reste en dehors de la nomenclature ?

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