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Dans le monde, 15 000 enfants de moins de 5 ans, décèdent chaque année

La mortalité infanto-juvénile, évènement évitable

Par : Zguiouar Abdelaziz
Démographe

zguiouar abdelaziz 001Les données issues des estimations contenues dans le rapport intitulé « Levels and  Trends in Child Mortality » publié en 2017  par le Groupe Inter Organisations des Nations Unies,  révèlent environ 15 000  enfants moins de 5 ans décèdent chaque jour soit 5,6 millions de vies perdues par ans ce qui fait que la survie des enfants constitue encore un des problèmes les plus cruciaux que connaissent les pays en développement. Les progrès en faveur de la survie des enfants sont soutenus et réels, mais il reste encore beaucoup à faire pour atteindre la cible 3.2 des Objectifs de Développement Durable (ODD), qui prévoit que tous les pays ramènent la mortalité des enfants de moins de cinq ans sous la barre des 25 pour 1 000 naissances vivantes.

Le Maroc dispose de plusieurs sources de données ayant servi de moyen pour l’appréciation du niveau et tendance des quotients de mortalité infanto-juvénile qui s’estime en 2010 selon l’Enquête Nationale Démographique à Passages Répétés à 30,5 pour mille naissances vivantes.

Néanmoins, la recherche sur les facteurs associés n’est pas suffisamment avancée et ceci pour plusieurs raisons : engouement des chercheurs, investissement dans les recherches approfondies sur les données dormantes relatives aux enquêtes démographiques, aux études sur la population et santé et aux statistiques vitales.

Déterminants proximaux de la mortalité

Le caractère multiforme des déterminants de la mortalité qui pose des difficultés lors du choix du meilleur type d’intervention en la matière, n’a pas laissé insensibles les chercheurs quant à la formulation de cadres pouvant servir de base théorique à l’élaboration de politiques en matière de santé. Pour en faire, deux chercheurs, Mosley et Chen avaient proposé en 1984 un modèle[i] qui intègre dans sa démarche les déterminants sociaux économiques qui sont placés en amont à partir desquels le processus se déclenche. Ce modèle concilie entre deux approches: Celle des sciences sociales qui considère les déterminants socio-économiques comme variables indépendantes qui influencent la mortalité par le truchement des boites qui couvrent les causes spécifiques des décès et les mécanismes par lesquels s’exerce l’effet sur la mortalité. Quant à l’approche biomédicale,  elle se focalise sur l’état morbide d’origine infectieuse ou nutritionnelle. Cette chaîne causale s’effectue à trois niveaux: la variable dépendante ; les variables intermédiaires  et les variables socio-économiques.

La mortalité infanto-juvénile, évènement évitable

Mais si la nouveauté du modèle de Mousley et Chen réside dans la fusion de deux approches dans leur perspective commune qui est l’être bio-social, l’idée des variables intermédiaires trouve son origine dans le modèle Davis Black (1956) sur la fécondité. Pour arrêter ces variables le raisonnement s’est basé sur les assisses suivantes: dans un cadre optimal, plus de 97% des nouveau-nés peuvent échapper à la mort infanto-juvénile. De même, la réduction de cette probabilité de survie dans certaines populations est due aux facteurs socio-économiques, biologiques et environnementaux. Dans le même sens, ils considèrent que les déterminants socio-économiques exercent leurs effets sur la mortalité via les variables intermédiaires qui influencent le risque de la maladie et l’évolution de l’état morbide. Ils ajoutent que sous l’effet des variables intermédiaires, certaines maladies spécifiques ainsi que la déficience nutritionnelle seront vues comme des indicateurs biologiques.

Les composantes du cadre théorique

A lumière de cette argumentation, ils ont arrêté 14 variables intermédiaires qu’ils ont réuni en cinq grands groupes : 1) les facteurs maternels qui portent sur l’âge de la mère, sa parité et les intervalles inter-génésiques ; 2) les déficiences nutritionnelles suite aux manques et/ou insuffisances protéino-calorifiques et en micronutriments ; 3) les lésions accidentelles ou volontaires ; 4) le contrôle individuel de la maladie par les mesures préventives et les traitements médicaux. Les quatre premiers grands groupes de facteurs déterminent un état de santé qui varie d’un continuum allant de malade, à en bonne santé, 5) le dernier grand groupe rassemble des aptitudes individuelles qui influencent le continuum.

Quant à la définition de la variable dépendante, Mosley et Chen accordent une signification toute particulière à cette variable, elle est vue comme un continuum dont la mortalité est l’expression ultime. Les autres niveaux sont constitués par les différents degrés de l’état morbide. Les mesures anthropométriques et plus particulièrement le ratio âge-poids lié à la mortalité permet une bonne approximation des variables socio-économiques qui sont groupées en trois niveaux : Individuel, ménage et communautaire. Au niveau individuel on trouve les facteurs qui influencent la productivité individuelle (l’éducation, revenu et le temps disponible), les traditions/ les normes/ attitudes (relation de pouvoir dans les ménages, valeur attribuée aux enfants, croyances sur les maladies, préférences alimentaires).

Au niveau des ménages, les déterminants sont constitués par les biens et les services dont l’utilisation a un effet sur la santé et la mortalité à travers des variables intermédiaires (nourriture, eau, habitat, moyens de transport, hygiène et soins). Au niveau communautaire, on distingue les variables écologiques (climat, pluviométrie, nature du sol), les variables politico-économiques (organisation de la production, infrastructure, institutions politiques), les variables propres au système de santé (mesures d’hygiène publique, subvention des services et techniques).

Absence de données fiables et actualisées

Après avoir passé en revue les composantes du modèle, on constate que le nombre de variables qui sont mises en jeux posent des difficultés aussi bien au niveau de leur opérationnalisation qu’au niveau de leur mesure. Si le décès est un événement univoque, sa mesure en particulier dans les pays en développement est loin d’être simple. Elle ne peut généralement être faite de manière directe à partir des statistiques de routine. C’est souvent à partir d’enquêtes démographiques adaptées qu’on peut estimer les niveaux de la mortalité. Or ces enquêtes sont souvent coûteuses et complexes pour les pays où les ressources sont rares et où les compétences techniques pour l’analyse des statistiques déficientes et incomplètes font défaut. Si le constat des décès dans les pays où la couverture de l’état civil est faible, l’âge en mois n’est pas facile à apprécier. L’imperfection de ces données influence l’appréciation et l’évaluation des mesures anthropométriques. A titre d’exemple, un enfant peut être classé comme souffrant d’une déficience alimentaire sévère si son âge déclaré est légèrement supérieur de quelque mois de son âge réel.

Au niveau de la variable dépendante les mécanismes qui expliquent les causes proximales du décès, ne sont pas suffisamment explicitées dans le modèle de Mosley et Chen. Grégory et Piché(1986) soulèvent cet aspect en produisant une classification des causes appropriées à la base des classifications des causes de décès de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).   

Mots-clés: OMS, Mortalité infanto-juvénile, ODD


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