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Dix millions de personnes dans le monde seront tuées par les cancers en 2018

Entretien croisé avec  Dr Faouzi HABIB et Dr Daniel SERIN, spécialistes en cancérologie

Entretien réalisé par Dr Anwar CHERKAOUI

Un homme sur cinq et une femme sur six dans le monde développeront un cancer au cours de leur vie. Un homme sur huit et une femme sur onze en mourront, selon les estimations publiées en septembre 2018 par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) relevant de l’OMS. Partant de la base de données « Globocan », les chercheurs du CIRC et de l’American Cancer Society, ont analysés les chiffres pour 35 types de cancers provenant de 185 pays ( y compris le Maroc). Les estimations avancées pour 2018, ce que les spécialistes appellent la « charge mondiale du cancer », sont de 18,1 millions de nouveaux cas découverts et 9,6 millions de décès dus aux cancers.  

A l’occasion de l’organisation du 15ème cours supérieur francophone de sénologie, qui sera organisé à Fès, les 28 et 29 septembre 2018, Sante21.ma a rencontré les deux co-présidents de cette session francophone de formation continue en cancérologie, Dr Daniel SERIN et Dr Faouzi HABIB.

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Dr Daniel SERIN

Dr Anwar CHERKAOUI : Quelle est la situation des cancers dans le monde ?

Dr Daniel SERIN : Le cancer reste la deuxième cause de mortalité mondiale. Les progrès dans les traitements ont permis d'augmenter la survie mais le nombre de cas augmente.

La recherche sur le cancer donne de plus en plus de traitements et fait progresser la survie, mais on constate qu'il y a de plus en plus de malades. Le cancer, ou l'ensemble des pathologies qu'on regroupe sous ce nom générique, a tué 8,8 millions de personnes en 2015, selon l’organisation mondiale de la santé (OMS).

Et selon les estimations avancées  pour 2018 par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) relevant de l’OMS, ce que les spécialistes appellent la « charge mondiale du cancer », sont de 18,1 millions de nouveaux cas découverts et 9,6 millions de décès dus aux cancers. Cela en fait la deuxième cause de mortalité mondiale, après les maladies cardiovasculaires. Le paradoxe, c'est que l'on survit de mieux en mieux grâce aux progrès de la médecine, mais que le nombre de cas augmente. D'après l'OMS, il devrait bondir de 70 % au cours des deux décennies à venir.

Dr Anwar CHERKAOUI : Comment peut-on juguler cette hécatombe ?

Dr Faouzi HABIB  :  On sait prévenir. On sait dépister. On sait guérir, de mieux en mieux. On sait comment prendre en charge. Mais le combat n'est jamais fini. Plusieurs facteurs expliquent la fréquence croissante de la maladie dans le monde. D'abord le vieillissement de la population, puisque le risque d'attraper un cancer augmente avec l'âge. Ensuite, il y a des facteurs structurels. Les ravages de la cigarette, premier produit responsable du cancer dans le monde. La « malbouffe », la généralisation dans le monde d'une alimentation industrielle qui fait progresser l'obésité, facteur de risque. Enfin l'industrialisation et l'urbanisation mal maîtrisées, à l'origine de cancers dus à l'exposition à des polluants comme l'amiante, les métaux lourds, les dioxines, les particules fines, etc.

Dr Anwar CHERKAOUI : Quel est l’intérêt du diagnostic précoce d’un cancer pour une meilleure prise en charge thérapeutiques des cancers et donc une survie et une qualité de vie optimale  ?  

Dr Daniel SERIN : Actuellement, en France, 60 % des cancers du sein, 44 % des cancers du côlon et 47 % des cancers du rectum sont diagnostiqués à un stade précoce, notamment chez les personnes de moins de 75 ans. Concernant le cancer du sein, le plus fréquent avec plus de 59 000 nouveaux cas détectés chaque année et l'un des plus mortels avec 12 000 décès par an, seul 1 cas sur 10 est diagnostiqué à un stade avancé et 6 sur 10 le sont à un stade précoce  Les cancers. Cela dis il faut rester vigilant

Dr Anwar CHERKAOUI : Est-ce qu’on peut estimer que la notion de «  stade du diagnostic «  est un nouveau indicateur dans l’évolution d’un cancer ?

Dr Faouzi HABIB : Grâce a ce nouvel indicateur, intitulé « le stade du diagnostic », les spécialistes pourront affiner leur pronostic en fonction de l'extension de la maladie. Ils disposeront aussi de données de survie par stade au moment du diagnostic, par type de cancer. On commence au Maroc à voir de plus en plus de malades à un stade précoce de la maladie, particulièrement pour le cancer du sein, grâce notamment aux différentes campagnes de sensibilisation menées par la Fondation Lalla Slma de traitement et de prévention des Cancers.

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Dr Faouzi HABIB

D’ailleurs,  c’est un des objectifs de la journée du dépistage du cancer du sein et du col utérin qui aura lieu à Fez, jeudi 27 septembre 2018 à partir de 9h du matin,  dans les centres de santé AL MASSIRA, AIN CHKOF  et SIDI BOUJIDA.

Une cinquantaine de médecins Marocains et français, cancérologues, gynécologues, radiologues, anatomophatologistes, biologistes et médecins généralistes, vont offrir bénévolement leurs services dans ces centres de sante, afin de voir en consultation gynécologiques, environ 800 femmes. Cette campagne de dépistage  comprendra un examen gynécologique avec la réalisation d’examens complémentaires, notamment un frottis vaginal, une mammographie et d’autres examens plus spécifiques en cas de besoin.   

Dr Anwar CHERKAOUI : Quoi de neuf en 2018 dans le traitement chimiothérapique du cancer du sein ?   

Dr Daniel SERIN / Dr Faouzi HABIB : Selon des études publiées lors de la rencontre mondiale de cancérologie, qui réunit des milliers de cancérologues de tout le globe (ASCO 2018), certains patients frappés par un cancer du sein ou du poumon peuvent éviter la chimiothérapie et ses effets secondaires. Actuellement, de nombreuses femmes subissent de la chimiothérapie après l'opération chirurgicale d'ablation de la tumeur, en plus de médicaments d'hormonothérapie, afin d'empêcher le retour éventuel du cancer. Mais une étude internationale conduite auprès de 10 000 femmes a conclu que le niveau justifiant le recours à la chimiothérapie pouvait être relevé sans risque. Depuis des années, un test génétique réalisé sur la tumeur permettait de prédire la probabilité de récidive. Ce test donne un score, ntre 0 et 100. Jusqu'à présent, la chimiothérapie était conseillée au-dessus de 25. En dessous de 10, elle ne l'était pas. Ce qui posait un dilemme aux femmes situées dans la zone grise, entre 11 et 25. L'étude a montré que pour ces femmes-là, après neuf ans de suivi, la chimiothérapie n'apportait rien. Et lors de l’ASCO 2018, une coauteure de l'étude, Kathy Albain, cancérologue à l'hôpital Loyola Medicine de Chicago. Dis que cette notion  aura un impact énorme sur les médecins et les patients, et cela permettra de faire reculer les thérapies toxiques. 

Dr Anwar CHERKAOUI : un mot sur le 15ème cours supérieur francophone de sénologie, qui se teint à Fes, les 28 et 29 septembre 2018  ?

Dr Daniel SERIN :  Avec cette 15ème édition, le Cours Supérieur Francophone de Sénologie est devenu une véritable institution dans la formation Médicale post universitaire marocaine, car autour d’orateurs prestigieux, on voit défiler d’année en année, des praticiens d’horizons et d’âges différents pour actualiser leurs connaissances et leurs savoir faire en matière de traitement des cancers du sein, selon les données scientifiques récentes, validées dans les congrès internationaux, notamment Américains et Européens. 

Mots-clés: OMS, Entretien, Cancérologie, Formation continue


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